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Tuesday, April 25, 2023

LETTRE OUVERTE À THOMAS DELTOMBE

 Monsieur Deltombe, 

    j'ai sous les yeux deux articles de votre inspiration, publiés respectivement sur les sites de mondeafrique et afriqueXXI, à l'occasion du décès, survenu le 18 juillet 2022, de mon oncle le journaliste, éditeur et ancien sénateur de la république française, Pierre Biarnès. Le premier s'intitule: "Pierre Biarnès décédé en juillet: le "Bob Denard" du "Monde" en Afrique", le second "Pierre Biarnès ou les égouts du journalisme françafricain". Tous les deux reprennent un encart que vous avez publié dans le livre «Françafrique: l’empire qui ne veut pas mourir».

   À la lecture attentive de ces textes je ne peux que constater, comme quiconque soucieux de rigueur intellectuelle et d'éthique journalistique, à quel point leur contenu entre en contradiction flagrante avec le premier paragraphe de la Charte de Déontologie de votre site afrique XXI qui affirme: "...Sa vocation première est, à travers le travail de ses journalistes et d'autres contributeurs, de délivrer à ses lecteurs une information de qualité, équilibrée, vérifiée et digne de confiance." Si vous êtes un honnête professionnel, conscient de la portée de ses actes, chose que je ne peux que présupposer, vous serez bien obligé de reconnaître que mon appréciation est tout à fait justifiée. 

   Néanmoins il me semble convenant d'exposer sommairement de quelle manière la qualité, l'équilibre et la véracité font cruellement défaut à l'information que vos textes apportent sur l'activité de votre collègue Pierre Biarnès. Dans un premier temps, force est de constater que vous ne faites référence qu'à un seul de ses nombreux ouvrages, le livre "Si tu vois le margouillat", publié en 2007 par les éditions L'Harmattan, à la veille de sa retraite survenue en 2008. Sans aucun doute il s'agit bien d'un livre singulier où Pierre Biarnès s'offre le plaisir, pour ponctuer son récit, d'utiliser parfois dans toute sa crudité, le langage grivois qui imprégnait profondément la culture des élites françafricaines de l'époque post et néocoloniale. Cependant il est choquant de constater que ce sont ces brèves notes autobiographiques, placées en introduction des divers chapitres, tout au plus deux douzaines de phrases au sein d'un ouvrage de 300 pages, qui retiennent l'essentiel de vos commentaires. Voila sans doute une méthode utile pour justifier ce terme de votre cru "égouts du journalisme françafricain", mais qui laisse beaucoup à désirer comme compte rendu d'un livre que vous qualifiez d'autre part de "…à la fois informé, bourré d'inexactitudes et particulièrement graveleux." Il est évident que c'est ce dernier aspect qu'il vous plaît de retenir. Rien n'est dit en effet du caractère "informé", pourtant essentiel, de l’ouvrage ni de ses prétendues "inexactitudes". Vous conviendrez avec moi que construire votre récit et l'exposé de vos commentaires exclusivement sur la base d'une infime portion, strictement anecdotique, de ce livre, ce n'est certainement pas offrir "une information de qualité, équilibrée, vérifiée et digne de confiance" du travail de Pierre Biarnès au cours de ses années africaines. 

  Car, pour en venir à un point essentiel de son parcours professionnel, il me semble important de signaler que c'est dans son activité d'éditeur que se concentre son labeur principal. Là encore, il est surprenant de constater que si bien vous citez la Société Africaine d'Édition, nommant les collaborations de Philippe et Paulette Decraene (future secrétaire particulière de François Mitterrand) ou encore de Monique, la femme de Pierre, ainsi que le titre des principales revues publiées: l'hebdomadaire "Le moniteur africain du commerce et de l'industrie", le mensuel "Le mois en Afrique: Revue française d’études politiques africaines", puis le bimestriel "L'Afrique littéraire et artistique" (oubliant entre autres la "Revue française d’études politiques et méditerranéennes" et la longue série de livres qui font le bilan économique et politique de l’année écoulée, pays par pays), vous ne dites rien de la qualité incontestable du contenu informatif de toutes ces publications. 

  Un autre aspect de la question, que vous abordez également, concerne le versant économique de la SAE, une initiative éditoriale courageuse et éminemment culturelle qui aboutira, au fil des ans, en une faillite en toute règle. À ce propos, il est tout de même notable qu'un homme que vous décrivez comme étant "...à tu et à toi avec les présidents africains" et que vous accusez de "...fricoter avec les potentats et les services français", non seulement n'ai pas eu l'habilité de se faire, comme tant d'autres, une petite fortune sinon qu'il quittera l'Afrique couvert de dettes ; dettes qu’il mettra un point d’honneur à rembourser intégralement sur son salaire de sénateur. 

   À ce sujet, particulièrement significative est l'accusation que vous portez sur sa relation avec le président Mobutu et son ambassadeur à Paris. On peut lire sous votre plume : "Sa société d'édition profite par exemple des largesses de l'ambassadeur du Zaïre à Paris qui ponctionne quelques grosses coupures dans ses "énormes valises bourrée de billets" pour régler les factures impayées. Une faveur qui explique peut être l'onctuosité avec laquelle il dépeint l'autocrate zaïrois, "un homme très intelligent" qui a réussi la prouesse de "rétablir l'ordre" dans l'ex-Congo belge". Sans nous détenir à considérer pourquoi vous parlez de "largesses" et vous qualifiez de "faveur" le fait de se faire payer une facture, parler d'onctuosité à l'égard de Mobutu ne fait que révéler que vous vous êtes contenté de survoler, au-delà des 20 premières pages, le chapitre consacré au Zaïre dans le livre de référence.

  Même si la page 13 débute par la menace lancée par Mobutu: "Alors Biarnès, tu m'insultes!" et le journaliste, connaissant très bien le personnage, raconte ensuite combien il craint pour sa vie pendant les 48 heures suivantes, vous parlez sans motif plausible d'onctuosité! Plus loin, après avoir décrit minutieusement la longue série d'assassinats, en particulier celui de Patrice Lumumba, qui jalonne l'arrivée au pouvoir de Mobutu, Pierre Biarnès le définit tout simplement (page 46) comme un homme qui "...ne manque ni d'intelligence ni de caractère et il est sans scrupules". Là encore le récit extrêmement précis, objectif, documenté et rigoureux n'abrite pas le moindre signe d'allégeance et moins encore d'onctuosité. À savoir pourquoi vous en faites et livrez à vos lecteurs une interprétation si différente ! 

  Puis, il est inévitable de s'attarder un peu sur quelques-unes de vos phrases les plus choquantes: Pierre Biarnès, dites vous, est"... celui qui se vantait dans un style graveleux de fréquenter "les bars à putes"... "Mais y avait-il en Afrique un bar qui ne soit pas un bar à putes ?" s'interroge le journaliste en s'amusant de la facilité avec laquelle il s'attire les faveurs des jeunes africaines." À nouveau l'interprétation que vous donnez des textes que vous avez pu lire ne brille ni par la rigueur informative, ni par la connaissance et donc la compréhension des situations évoquées. Qui peut douter en effet que l'immense majorité, voire la totalité, des bars africains de l'époque, fréquentés par les étrangers, étaient des lieux qui comptaient avec la présence assidue de quelques prostituées? Qui peut douter que nombre de celles-ci se contentaient souvent d'une rétribution très modeste de leurs services? Cette réalité incontestable, exposée sur un ton désinvolte, illustrée par des anecdotes croustillantes et véridiques, débouche sur un jugement moral qui vous amène à écrire que Pierre Biarnès étale "... ad nauseam ses obsessions libidineuses". C'est, vous en conviendrez, une interprétation bien simpliste, qui frôle la diffamation, voire la calomnie.

   Mais c'est un sujet qui semble vous passionner. Donnant pour établi que Pierre Biarnès est un accro des maisons closes, vous mettez en avant ses relations avec les propriétaires de l'établissement le plus renommé du Dakar de l'époque, le Chez-Vous... Il n'est pas difficile d'imaginer qu'une personne de votre génération, qui a grandi avec internet et travaille le plus souvent avec un ordinateur branché sur le net, ai du mal à comprendre que, dans les années 60-70, c'est précisément dans ces lieux malfamés, publics ou privés, fréquentés par les élites françafricaines, qu'un journaliste pouvait recevoir les confidences et obtenir les informations extra-officielles que tout bon professionnel se doit de pourchasser et de recueillir. D’autre part, il semble également logique qu'il procure d'entretenir d'étroites relations avec les divers services de renseignements, pour la même raison; après tout, journalistes et agents du SDECE poursuivent professionnellement la même "matière première", à savoir: l'information! 

    Évidemment, et sans doute heureusement, les temps ont changé. Comme vous dites, "Si tu vois le margouillat" "...donne un aperçu saisissant des mœurs journalistiques françafricaines dans les années 1960-1970". Mais cependant vous ne semblez pas vouloir comprendre que ces mœurs, particulièrement saisissantes, sont imputables aux circonstances sociopolitiques de l'époque et non pas à la dépravation supposée des journalistes, concrètement, dans le cas qui nous occupe, du journaliste et éditeur Pierre Biarnès. 

   Il convient maintenant de commenter la phrase de Mongo Beti : "Philippe Decraene et Pierre Biarnès furent en quelque sorte les Bob Denard de la rotative". Il me semble que la comparaison n'est pas le fruit d'une des inspirations les plus heureuses de la part de l'écrivain camerounais. Bob Denard était un mercenaire, un assassin farouchement anticommuniste, au service des secteurs les plus réactionnaires des puissances colonialistes. Pierre Biarnès, en revanche, a toujours été un sympathisant des idéaux communistes et un militant de l'humanisme franc-maçon, qui n'a jamais tué personne. Quoi que vous en pensiez, il était un défenseur sincère des velléités indépendantistes des peuples africains, sans jamais perdre de vue, pour autant, les profondes réalités géopolitiques qui ont sous-tendus tous les processus d'indépendance et qui l'amenèrent à les analyser d'un point de vue extrêmement lucide et foncièrement pragmatique. Cela lui a valu l'incompréhension durable, voire l'animosité générale, de la part de tous les courants idéalistes de la gauche universelle. Lui même s’en étonne à la page 188 de "Si tu vois le margouillat": "On me prenait pour un réactionnaire néocolonial, même au Monde"... Il semble, de toute évidence, que c'est dans ce cadre qu'il convient de placer les deux textes que vous avez publiés. 

    On ne peut non plus oublier que ces textes se posent en réponse à la note nécrologique publié par le Monde au lendemain de son décès. Vous dites: "Pierre Biarnès ne le cache pas, son statut de correspondant du Monde lui attire bien des sympathies" et de fait, beaucoup de gens, y compris probablement Mongo Beti, ne connaissent de lui d'autres textes que les articles publiés dans le quotidien parisien, ce qui peut les déterminer naturellement à assimiler sa pensée à la ligne éditoriale qui caractérise ce journal. Vous en conviendrez, cela peut vous attirer aussi bien, de fait et à part égales, de nombreuses antipathies ! Car, au bout du compte, quelle est la place de Le Monde au sein de Françafrique? En temps que collaborateur du Monde diplomatique, il serait intéressant de connaître votre opinion à ce sujet.

   Dans ce contexte, la position de Pierre Biarnès est plutôt délicate: d'une part tous les dirigeants le courtisent en espérant qu'il contribue à donner d'eux une image internationale positive, sous peine d'être soumis à l'ostracisme le plus sévère (Jean Bedel Bokassa en arrivera même à le condamner à mort et Omar Bongo promettra, quant à lui, de "lui couper les couilles"!); de l'autre, tous ses articles sont soumis à la révision et à la correction du comité de rédaction parisien qui se doit d'assurer une adéquation entre la ligne éditoriale et le contenu livré par le journaliste. Et cette correction, justifiée par l’espace disponible, est sans appel. Ce qui amène à Jean de la Guérivière, auteur de l'article du Monde, à écrire : "… il lui arrive souvent de prendre mal les coupes opérées dans ses longs envois...". Monsieur Deltombe, vous êtes un journaliste professionnel et vous devez savoir parfaitement ce que tout cela peut signifier ! 

   Ces circonstances professionnelles frustrantes, qui caractérisent sa relation avec le Monde, l'amènent à envisager définitivement, dés la fin des années 70, son entrée en politique. Celle-ci s'accompagne de la publication de ses premiers livres consacrés à l'Afrique. "L'Afrique aux africains" (1981) qui précède son élection au conseil général des français de l'étranger en 1982 et "Les Français en Afrique Noire de Richelieu à Mitterrand: 350 ans de présence française au sud du Sahara" (1987) peu avant son entrée au sénat. 

   Puis, quittant Dakar après son élection sénatoriale en 1989, ses ouvrages traiteront ensuite de géopolitique mondiale: "Le XXIe siècle ne sera pas américain" (1998), "Les États-Unis et le reste du monde : Les Chemins de la haine (Chroniques de la dernière décennie)" (2002), "Pour l'Empire du monde : Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine" (2003), "La Route de la Soie : Une histoire géopolitique" (2008). "La fin des cacahuètes" (2005) et "Si tu vois le margouillat" (2007) seront deux exceptions, ponctuées de notes autobiographiques nostalgiques et désinhibées, rédigées aux portes d'une retraite douloureusement marquée par les symptômes de la maladie de Parkinson. 

   Je ne peux donc que vous recommander une lecture sereine, libre de préjugés et d'aprioris, de tous ces ouvrages. Vous serez alors peut-être en mesure d'offrir véritablement à vos lecteurs, une information "de qualité, équilibrée, vérifiée et digne de confiance", au sujet de votre illustre collègue. Car si, selon vous, l'article de Jean de la Guérivière "… ignore opportunément la part d'ombre " de Pierre Biarnès, force est de constater que les vôtres, lamentablement, laissent dans l'ombre l'essentiel de son œuvre. Même si vous ne partagez ni les opinions, ni les analyses, ni le sens de l’humour, ni les conceptions morales qui peuvent dériver des paroles et des comportements d'un collègue, comme vous journaliste et éditeur, cela ne vous autorise pas pour autant à renoncer à une approche rigoureuse, contextualisée, de sa vie et de son œuvre, dans le cadre d'une rubrique nécrologique. 

    C'est pourquoi je vous demande de faire en sorte que cette Lettre ouverte, qui assurément s'ajuste parfaitement aux principes de votre Charte déontologique, puisse servir à rectifier, auprès de vos lecteurs, les affirmations que vous avez publiées à la mort de mon oncle. J’en appelle donc à un Droit de réponse auprès des sites qui ont publié vos écrits. Un passage à l'acte dans ce sens de votre part sera une belle démonstration de votre talent professionnel et contribuera également à soulager, en partie, la désagréable tristesse que vos mots ont procurée à tous ceux qui ont eu le bonheur de connaître et d'apprécier la profonde humanité de Pierre Biarnès.

 Cordialement, 

Vincent Jean Marie Biarnès

Thursday, March 17, 2022

Le poème épique de Maria de los Angeles Argote Molina (MAAM) "Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes" et ses ENSEIGNEMENTS pour faire face à une PANDÉMIE




RÉSUMÉ:

L'année 2020 passera sans doute dans l'histoire comme celle où l'humanité dut affronter un effondrement de ses perspectives de futur les plus immédiates. Cet évènement fut décrit au cours des dernières décennies du XXème siècle, de manière prémonitoire, par la poète andalouse Maria de los Angeles Argote Molina (MAAM) dans son long poème épique en trois actes intitulé: "Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes". Pour cette raison il nous a semblé approprié de dédier ce bref texte aux enseignements qui, dans les circonstances actuelles, peuvent être tirés de cette œuvre singulière. La planète étant frappée par une pressante crise sanitaire, les sociétés humaines exigent, angoissées, aux experts scientifiques, de rapides solutions. Cependant peu d'entre elles semblent estimer les remèdes que peut offrir l'Art poétique pour faire face à la délicate situation que nous vivons. Au delà de la crise sanitaire on devine une authentique crise de la connaissance qui exige un changement radical de notre mode de vie, individuel et collectif, pour lequel l'Art poétique peut nous être d'un grand secours.


mode d'introduction

En contemplant le spectacle offert par le monde et son humanité tout au long de cette année 2020, il est impossible de ne pas se souvenir de l'œuvre de la poète andalouse MAAM: "Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes", écrite à la fin du XXème siècle, et dont le premier acte s'intitule: "Destruction imminente de l'univers". Maintenant, tout semble indiquer que la prophétie de la poète s'est accomplie et que l'univers humain du siècle dernier est complètement détruit.



1. Problématique de la pandémie

La subite apparition du Covid 19 admet seulement deux hypothèses relatives à son origine: c'est un phénomène engendré par la Nature ou c'est un virus créé par l'homme, dans quelque laboratoire secret, probablement comme arme biologique.

L'opinion des "experts" sur la question est partagée, bien que la vérité officielle et communément admise sur toute la planète indique la première option. Celle-ci implique de nombreuses et intéressantes réflexions, sur le rôle et l'essence même de la Nature, que nous exposerons plus loin. Quand aux "experts" qui semblent orienter les décisions prises par tous les gouvernements pendant la pandémie:


"Un carillon se ruine en produisant des sons, une bougie de cire se consomme en donnant de la lumière. Les raies du tigre attirent des chasseurs, la rapidité du singe attire des trappeurs. Ainsi les guerriers valeureux meurent à cause de leur force, les intellectuels se bloquent à cause de leurs connaissances; ils peuvent utiliser leur savoir pour connaitre, mais ils sont incapables de l'utiliser pour ne pas connaître. Ainsi ceux qui sont experts en une faculté ou perceptifs dans un mode d'expression, peuvent participer dans une discussion déviée mais non pas dans une réponse universelle." Wen-Tzu / 93.


Dans le cas qui nous occupe, une réponse universelle ne peut manquer de résoudre, en premier lieu et sans appel possible, l'origine du phénomène qui afflige l'humanité: "… nous ne connaissons le vrai si nous ne connaissons la cause…" écrit Aristote (Métaphysique – Livre A). Nous observons que tout le monde prétend résoudre des conséquences sans se pencher sérieusement sur la cause première.

Mais de plus, il convient de rappeler que, comme enseigne le stagirite, dans la recherche du vrai il ne faut pas confondre l'origine avec la cause, le "comment" avec le "pourquoi" et le "pour quoi", de l'existence des phénomènes. Au-delà de l'origine nous devrons donc investiguer la cause qui a pu produire le fait pandémique.

Finalement, quelle que soit la véritable hypothèse de son origine, cette crise nous oblige à essayer d'élucider quelles doivent être nos priorités, celles de toute communauté humaine, en relation au futur immédiat de tous les aspects de notre vie, pour procéder inévitablement à une série de changements substantiels que nous aurons à formuler.

Les écrivains, les poètes, les artistes, ont toujours étés d'un grand secours pour réaliser ce genre de besogne; on pourrait même affirmer qu'il s'agit là de la finalité essentielle que leur activité poursuit. Et c'est le cas que ces possibles changements, réclamés, sont exposés, avancés, dans l'œuvre de MAAM qui conclut avec un troisième acte intitulé: "Recomposition de l'univers. Saut évolutif des Zones Planétaires". Il n'y a pas de doute qu'il s'agit précisément de ce dont l'humanité a maintenant besoin: une recomposition de son univers qui implique un saut évolutif qui nous éloigne définitivement de la dramatique situation actuelle.

Il nous semble donc que l'Art Poétique de MAAM nous offre de précieux enseignements pour affronter cette pandémie et nous allons essayer de les mettre en relief.


2. Sur l'origine du virus et le type de crise

Dans l'œuvre de MAAM l'univers, menacé de destruction, se caractérise pour être le théâtre d'un processus perpétuel de "transformations incessantes" qui impulse son expansion continuelle, celle de la Lumière et de la Vie, entre la Ténèbre et le Chaos. On pourrait aussi parler, sans trop extrapoler, d'énergie et de matière en constante interaction.

Pour freiner ce processus dans les Zones Planétaires, où se trouve l'humanité, les serviteurs de la Ténèbre, ont créé le "laboratoire des fausses transformations" qui est mentionné de manière réitérative comme un des agents principaux du danger qui guette l'univers.

L'existence dans de nombreux pays de laboratoires "discrets" (pour ne pas dire "secrets") d'un niveau 4 en termes de biosécurité, où l'on manipule à des fins inconfessables la génétique d'éléments et d'organismes biochimiques, n'est aucune nouveauté. La présence d'une institution de ce type à Wuhan, premier épicentre de la pandémie, est sans doute un fait troublant qui donne des ailes à l'opinion divulguée par ceux qui défendent l'hypothèse d'une intervention humaine dans la genèse du virus.

Cependant c'est l'hypothèse de l'origine naturelle l'option officiellement retenue par tous nos gouvernements, bien que personne n'ait démontré exactement de quelle manière le virus a pu se transmettre de l'animal à l'homme. En tout cas, avec cette hypothèse, la question se pose de savoir, selon les paramètres scientifiques majoritairement assumés, exposés entre autres par le biologiste français et prix Nobel Jacques Monod, quel genre de hasard a fomenté l'existence du virus et quelle classe de nécessité a impulsé aussi bien sa propagation entre les humains comme son étonnante virulence et extension planétaire. Et ensuite, cette hypothèse nous placera face à des «pourquoi» et «pour quoi» auxquels la science est actuellement incapable de répondre et que cependant penseurs et philosophes désirent éclairer avec urgence.

Ainsi la crise que nous vivons n'est pas une simple crise sanitaire sinon une crise du savoir qui implique une critique radicale de l'ensemble de la connaissance scientifique actuelle.

Et la première notion qu'il convient de réviser en profondeur c'est précisément celle de Nature; aussi bien si elle est la créatrice du virus comme si celui-ci provient d'un «laboratoire des fausses transformations» alimenté, malgré lui, par un Grand Seigneur du Rêve kidnappé par les Cauchemars et livré comme prisonnier au Silence Jaune, grand sacerdoce de la Ténèbre Toute Puissante, comme affirme le texte de MAAM.


3. NATURE, ÂME, PAROLES ET SCIENCE

Dans l'œuvre de MAAM la Nature n'est autre que la protagoniste du moment, l'Amère. C'est aussi la planète Terre et en tant que telle, la mère de l'autre protagoniste, Agreste le rêveur, archétype de l'être humain, dont la descendance, celle des êtres rêveurs, peuple les Zones Planétaires.

En concordance avec les traditions païennes animistes et les postulats aristotéliciens, l'Amère, comme tous les êtres vivants, possède, comme fin ultime et cause première de son existence, sa propre âme, cette «chose» et ce mot horrifiant bien des scientifiques qui nient avec véhémence son existence, argumentant qu'ils ne voient dans les processus vitaux autre chose que des interactions chimiques hasardeuses et rien de plus…

Agreste le rêveur possède aussi une âme soeur idéale qui n'est autre que sa compagne aimée, l'immortelle Chrysalide, fille de l'Harmonie et du Rêve.

Dans l'œuvre, la destruction imminente de l'univers se manifeste par quatre phénomènes principaux:

- les pleurs inconsolables de la Terre, convertie en Amère.

- la séparation traumatique d'Agreste et Chrysalide, raptée par l'Oubli.

- la disparition du Grand Seigneur du Rêve, enlevé par les Cauchemars.

- la mystérieuse absence du couple formé par la Vie Ailée et l'Ange des Transformations.

Il ne fait aucun doute que cette approche est difficilement assimilable par les communautés scientifiques qui ont démontré leur incapacité à consentir une quelconque valeur à la source de connaissance qu'apporte l'Art Poétique.

Cependant les préjugés ne peuvent être suffisants pour nier, sans plus, l'importance de la Poésie en relation avec la compréhension effective de la réalité de l'existence de l'être humain, du monde et du cosmos. D'autre part il y a, sous-jacent dans toute l'œuvre de MAAM, un caractère clairement rationnel et même scientifique, qui paraît évident à tout lecteur capable d'être suffisamment attentif à l'authentique «cœur» des mots employés.

Ces "cœurs", comme nous montre la poète, reposent habituellement dans les caves de la planète de la Pureté, dans l'attente de l'arrivée des mots naissants. Ceux-ci sont les mots que recueillent les poètes et qu'ensuite utilisent tous les êtres humains, y compris les scientifiques, dans leurs travaux et tâches quotidiennes… Et l'on peut demander: avec quels cœurs les utilisent-ils?

Qu'ils le veuillent ou non, les scientifiques ne peuvent revendiquer pour leurs méthodes l'exclusivité de la «connaissance vraie», méprisant toute autre voie d'enquête sur la réalité. De fait, leur activité les situe sur le terrain privilégié du «comment», sans réussir à considérer avec une grande fréquence ni crédit, aussi bien le «pourquoi» (hasard?) que le «pour quoi» (nécessité?); ils peuvent arriver à découvrir l'origine mais rarement la cause première et la finalité intrinsèque des phénomènes naturels.

Et si nous suivons l'hypothèse d'un virus créé par des humains, il semble plutôt ironique de décharger sur les «experts» scientifiques la responsabilité d'organiser la vie des personnes lorsque ce sont précisément eux, les scientifiques, biochimistes et techniciens, qui ont fomenté et permis la création du monumental problème. Les manipulations génétiques auxquelles ils se consacrent, qui sont considérées par la communauté scientifique comme un grand succès de la science moderne, constituent de fait une intromission brutale des connaissances actuellement limitées, dans le domaine largement méconnu de la réalité essentielle (origine, cause, finalité) des processus vitaux. Et la majorité des motivations pour les justifier sont purement bâtardes, liées à des intérêts économiques particuliers et non au progrès social ou humanitaire collectif qu'elles prétendent poursuivre. Les scientifiques en général et en particulier ceux qui, possiblement, ont créé le virus, démontrent ainsi clairement qu'ils ne sont pas préparés pour "ne pas connaitre", comme nous avise le Wen-Tzu.

Dans la prophétie de MAAM la Chimie et la Technique sont deux personnages, puissants alliés du camp qui fomente la destruction de l'univers, qui se présentent ainsi à Agreste par la bouche de la première:

«Elle, qui recueille la fatigue de siècles et d'ères de sa main, droite, c'est la Technique. Elle apparût à la suite de la physique et de la métaphysique désormais détrônées par elle. Ne vous effrayez pas de son visage robotique. Je vous assure qu'elle ne vous veut que du bien.

Moi, moi je suis la Chimie. Grâce à mon pouvoir on réussit à faire que la Terre rende comme jamais. Je fournis chaleur, froid, songes et délires, je soigne les maladies. Bref, que puis-je vous dire? Je suis si grande, si parfaite, grâce à moi l'Arachnide Pouvoir est encore vivant!»

Elles seront effectivement le dernier recourt de l'Arachnide Pouvoir pour essayer d'empêcher, en vain, le triomphe d'Agreste et de ses compagnons une fois obtenue la libération, tant désirée, de l'Ange des Transformations.

L'étroite et nécessaire collaboration des scientifiques dans l'élaboration des armes les plus sophistiquées, les plus mortifères, les plus létales, tout au long des siècles, est un fait évident, effrayant et digne d'être sérieusement médité, en particulier par les propres scientifiques. Sans une sincère et conséquente autocritique à ce sujet, il est impossible de maintenir une adhésion respectueuse à leur vision du monde.


4. SCIENCE ET ART

Partant de là, les deux hypothèses sur l'origine du virus nous situent face à la capacité des scientifiques pour «ne pas comprendre» et tout nous amène à réviser la prémisse d'objectivité de la Nature, dont se sont approprié les institutions à caractère scientifique, ainsi que le mépris généralisé, aussi bien envers la culture païenne aristotélicienne en particulier comme envers les traditions philosophico-religieuses en général, qui accompagne la vénération de la science dans nos sociétés.

Dans l'œuvre de MAAM nous trouvons une condamnation expresse de la conduite majoritaire des scientifiques liée à une revendication pleine de la science comme instrument essentiel de l'action créatrice de l'Art. Au cours de la rencontre entre le Grand Mage Sidéral et le Nouvel Art se produit le dialogue suivant:

«- Je vais t'investir du savoir de la science, ainsi tu auras la puissance de son arme lorsque tu présenteras la bataille.

- La science, non! N'y songe pas! J'ai expulsé tous les êtres de cette espèce qui étaient en moi! Ils sont déséquilibrés, dans leur totalité mécaniques, ils ne savent rêver, ce sont de pures structures creuses, ils n'ont pas de place en moi! Conclut l'Art.

- L'ancien Art comptait avec elle et toi aussi tu dois le faire. Répondit le Grand Mage. Je ne vais pas te donner une poignée d'êtres, qui s'appellent scientifiques, je vais te donner la connexion directe avec le centre cognitif de la sagesse, la science. Parce que la poésie est en manque de science. La peinture est en manque de science. La musique, la sculpture, l'architecture sont en manque de science. Toi aussi tu es plein de spasmes mécaniques, de normes et de normes, qui ne conduisent nulle part. La science est flexible, invente et pense. Et il faut beaucoup penser pour sortir des enfers.

- D'accord, d'accord, que vienne la science! Nous serons à nouveau tous intuitifs. Tout est à inventer! Votre messager est prêt. Continua l'Art.»

Car l'Art est la seule voie pour «comprendre» ce qui «ne se comprend pas» puisque les artistes ont démontré, de nombreuses fois, être «préparés pour ne pas comprendre» en se montrant capables de fournir des «réponses universelles» aux nombreux problèmes que l'humanité affronte, de manière réitérée.

Pour beaucoup de scientifiques, la Nature est seulement un ensemble objectif indolent, fruit du hasard, dépourvue de finalité concrète et qui évolue par pure nécessité.

Pour la majorité des artistes cependant, c'est un être vivant sensible, un organisme complexe qui remplit une fonction précise dans le cosmos et qui évolue comme une partie minuscule d'un univers en constante expansion et transformation. Cette dernière vision de la Nature se nourrit aussi de la science, malgré certains critères de la science établis comme dogmes, parfaitement assimilables aux dogmes religieux les plus rétrogrades.

L'Art Poétique, comme instrument essentiel du comportement culturel, social et politique de l'être humain, comme paradigme du langage et de l’épistémè, aujourd'hui et comme toujours, peut nous apporter, tout autant que la science, de précieux éléments pour dépasser la situation que la pandémie a créé dans le monde, nous approchant du concept de syndémie que de nombreux penseurs revendiquent.


5. NATURE, RELIGION ET HISTOIRE

Si nous considérons comme valable l'hypothèse de l'origine naturelle du virus, le fait que la Nature ait engendré un pathogène de ces caractéristiques, mortel pour l'humanité, ne constitue aucune exception.

Notre histoire démontre que la Nature n'a jamais manifesté aucun remord pour avoir provoqué la mort d'êtres humains, sans considération à leur âge, sexe ou condition sociale. Elle prodigue à parts égales la vie et la mort, engendre ou tue avec la même facilité, étrangère à ce sujet à toute morale ou éthique humaine.

Sans doute voilà une des raisons pour lesquelles la tradition religieuse monothéiste abrahamique, juive, chrétienne, musulmane, considère la Nature comme la source de tous les maux, une création digne, rien de moins, que du diable. La science de son côté ne s'éloigne pas beaucoup de ce concept, lorsqu'elle semble considérer la Nature comme un ennemi à vaincre, à soumettre ou, pour le moins, à corriger et à modifier substantiellement.

Cependant d'autres nombreuses traditions philosophico-religieuses indiquent au contraire que la véritable sagesse consiste à respecter scrupuleusement les processus naturels et à vivre en parfaite harmonie avec la Nature, notre «Mère Terre» vénérée universellement par les animistes.

Cette idée constitue d'autre part le fondement de la pensée écologiste actuelle, partagée il faut le reconnaître, par de nombreux scientifiques particulièrement réticents, entre autre, à toute manipulation génétique des êtres vivants.

C'est un fait évident que les considérations environnementales reçoivent l'adhésion d'un nombre croissant de personnes, entres elles beaucoup d'artistes, qui voient dans la pandémie qui nous frappe une conséquence directe de plus, de la maltraitance infligée à la Nature, étroitement liée à d'autres phénomènes comme le changement climatique ou l'annihilation de la faune sauvage.

En tout cas l'hypothèse de l'origine naturelle du virus nous situe inexorablement face à la nécessité de trouver, enfin, une manière harmonieuse de vivre avec la Nature, qui nous a engendrés et de laquelle inévitablement nous faisons partie.

Nous pouvons exiger que la science n'aille jamais contre la vie, s'abstienne d'interférer dans des processus naturels qu'elle ne connaît ni ne comprends encore, éperonnée, comme elle se trouve, par la Cupidité, l'Envie, l'Orgueil et même la Haine.

«Ils avançaient lentement à travers les salles détruites du Tourment. La Chimie en premier lieu, suivie de prés par la Technique et ses grandes inventions pilotées par des laquais aveugles presque inutiles entre lesquels pullulaient, encourageant leurs peurs, la Cupidité, l'Envie, l'Orgueil et la Haine.»

Comme nous voyons, ces quatre derniers concepts sont aussi des personnages qui apparaissent dans l'œuvre de MAAM où ils jouent un rôle dévastateur comme membres actifs du camp destructeur de l'univers. Dans ce camp militent, même avec une apparente bonne foi, beaucoup de scientifiques et "experts" appelés à résoudre, de la meilleure façon possible, la contraignante situation sanitaire qui nous affecte.

Dans la première partie du poème, Agreste, en réponse à l'indignation d'un vieux Temps enchaîné et condamné au cercle inarrêtables des horloges, manifeste ainsi son remord:

«Oui, je suis Agreste, Agreste le rêveur qui devint fou d'orgueil et fit oublier aux êtres rêveurs leur origine de magma, de matière. En découvrant la large enceinte du ciel, je me sentis puissant, et je brandis des drapeaux de mort et de ténèbres, croyant posséder ainsi l'univers. Pardonne, si tu peux, ma frénésie sans objet parce que je suis maintenant le plus malheureux. J'ai perdu Chrysalide, le Rêve majestueux en moi a disparu, et j'ai été sur le point de détruire la noble rigidité planétaire. Ma jeunesse m'a perdu. Mais j'ai compris mon erreur et maintenant je prétend m'introduire dans le monde des ombres et sauver mon trésor de la Ténèbre.»

Ainsi nous trouvons, résumé, non seulement l'histoire et le dilemme de l'être humain, mais aussi sa disposition face au futur, exprimée en un moment de crise sans précédent.


6. PRÉSENCES, CONCEPTS UNIVERSELS ET PERSONNAGES, EN ACTION.

Si nous nous concentrons maintenant sur le champ de la Poésie Épique que MAAM cultive dans son œuvre, nous trouvons un mot clef d'où procède toute réponse universelle au problème que nous traitons. Ce mot désigne un personnage qui est également, comme il se doit dans l'Art poétique, un concept: Harmonie.

Ainsi elle se présente lorsqu'elle trouve le Temps effrayé, réfugié dans une grotte de la planète de la Pureté:

«Je suis l'Harmonie, compagne du Rêve, halo grandiose des premiers cieux, mère de Chrysalide. Dans mon vaste et extensif territoire se génèrent les nouveaux mondes qui permettent d'approcher chaque fois plus les Zones Planétaires à la lumière. Dans tous les cœurs des être rêveurs j'ai un trône de gloire, créé par les ailes de l'immortelle Chrysalide. Je leur sers de miroir où regarder leurs ondes de fluide sidéral ou je leur sers de soulagement reconstructeur de formes lorsque l'entropie inonde leurs entrailles»

L'harmonie est un concept transversal, propre aussi bien à l'Art comme à la Science, qui alimente tout acte de création véritable. Nous savons tous que, dans tous les domaines, lorsque l'Harmonie se perd, les problèmes surgissent et que les solutions affleurent lorsqu'elle est rétablie.

C'est pourquoi dans le poème de MAAM, quand l'Amère (Nature) entre en crise et en conséquence Agreste (humain) se trouve brutalement séparé de son aimante Chrysalide (âme), c'est l'Harmonie qui recueille le corps maltraité d'Agreste et le conduit en présence des plus hauts responsables célestes de la vie, le couple formé par la Solitude Première et le Grand Magicien Sidéral. Se dirigeant à l'Harmonie, ce dernier exclame:

«C'est Agreste, un être qui composait chaque jour son corps avec les particules vives d'une planète bleue, celle qui répand maintenant ses trésors de feu sur le confins le plus nordique. Il cheminait aux cotés de Chrysalide, ta fille bien-aimée Chrysalide, destinée à engendrer avec lui la descendance des êtres rêveurs.»

Le couple céleste identifie comme cause principale de la perturbation qui affecte son univers, la disparition de la Vie Ailée et de son compagnon l'Ange des Transformations, qu'il attribue aux ruses de la toute-puissante Ténèbre Primitive;

«Parce que de pauvres êtres ont vendu leur rêve au pouvoir putride de la Ténèbre et maintenant baillent, bouleversés, brisés, le corps de la planète, le corps de son rêve, comme des présences nobles qui ont perdu leur origine.»

Immédiatement, ils envoient Agreste et l'Harmonie au secours des disparus, voyageant vers le chaos où règne la Ténèbre. Le Grand Mage se dirige ainsi à Agreste:

«Avec toute notre lumière, nous avons été si amèrement réduis que maintenant nous, les Zones Planétaires, et mêmes les espaces entropiques, nous avons besoin de toi. Je transformerais l'Harmonie en un navire sidéral, elle sera ton guide, elle te conduira jusqu'aux limites des ombres et là-bas toi, seul, tu devras libérer Chrysalide, l'Ange des Transformations et sa compagne de lumière la Vie Ailée. La Ténèbre a dû les séquestrer. Tu devras découvrir qu'en est-il du grand seigneur du Rêve et ainsi redonner ses ondes de quiétude à cet orbe envahit par le courant entropique des zones obscures.»

Dans cette opération ils compteront avec l'étroite collaboration de la Pureté, du Temps et du nouvel Art. Ce dernier et singulier personnage tiendra un rôle très important dans toute l'œuvre. Il apparaît pour la première fois à côté de Chrysalide et de la Tristesse Terraquée, toutes deux prisonnières de la Mort et de l'Oubli, auxquelles il se présente de la manière suivante:

«Je suis l'Art, bien que ma structure soit lumineuse, j'habite par je ne sais quel étrange complot, dans ces zones. Serviteur de la Mort et de l'Oubli, je vis dans leur donjon de terreur, attendant je ne sais quoi qui me rende au monde d'où je viens… Parce que je suppose que je ne suis pas de ces contours.»

A l'aventure viendront se joindre les Êtres Rêveurs, les Artistes, les Navigants Célestes, tous membres présents et passés de la descendance engendrée par Agreste et Chrysalide, embarqués dans la goélette du verbe, encadrés dans l'escadron de l'Art. Ensemble ils livreront la bataille contre la Ténèbre Toute-puissante et ses laquais, équipés avec les armes que leur fournit leur mère l'Amère et de nobles personnages tels que Primpana (Princesse des Mots Naissants), Azur (Prince des mélodies éthérées), Comoes (Prince de la couleur) ou Gucali (Gardienne du candélabre lyrique).

Le deuxième acte, intitulé: "Voyage des Êtres de lumière vers le chaos. Rachat de l'Ange des Transformations" est le récit des nombreux événements de cette expédition qui sera finalement victorieuse.

Ensuite, le Nouvel Art, alors également nouvel amant de la Terre, dirigera la phase finale du processus qui débouchera sur ce qu'annonce le titre du troisième et dernier acte: la recomposition de l'univers et le saut évolutif des Zones Planétaires, berceau d'Agreste et de sa descendance d'êtres rêveurs.

«Jusqu'alors et inhibés par l'énergie gaspillée pour survivre -continua Agreste d'un ton sérieux- nous nous sommes occupés seulement de chercher le juste moyen qui nous permette de nous approvisionner en utilisant le moindre effort. Cela fut un bien, sans doute ce furent des temps fructifères où le rêveur inventa les inventions les plus diverses pour nous soulager, en partie, du poids que la sueur implique.

Mais dans la dure course pour obtenir l'externe nous oublions de recomposer la fleur que nous portons dans notre intérieur, nous regardons seulement vers le dehors et sur la superficie nous luttons pour des choses vaines, superficielles en fin de compte.

Nous avons été capables de vendre notre Chrysalide aux forces obscures inventées par le Pouvoir. Cela nous a conduit au délire qui fut sur le point de détruire, sans plus, le foyer planétaire de la Terre et avec lui détruire notre être, notre conscience, détruire l'équilibre des zones planétaires.

Nous avons été sur le point, avec notre insensé, pauvre comportement, de laisser que l'ombre arrive jusqu'à la lumière, de détruire Rêve et Harmonie, Transformation et Vie, Solitude et Magie.

Mais cela nous a coûté cher. En nous rendant compte de l'erreur commise au long des siècles et des époques, nous avons du  lutter pour extirper des cieux et de la terre tant de folie accumulée.

Maintenant enfin ici, victorieux, avec le souvenir de ces temps-là ancré dans notre fidèle génétique, nous sommes prêts à avancer, à créer à nouveau un siège sur la planète. Et bien que nous ne refusons pas l'utile machinerie qui nous permet le temps nécessaire pour pouvoir rêver, nous n'infligerons ni peine, ni châtiment à notre mère aimée, la prodigieuse Terre.

Apprenons la leçon que l'expérience nous apporte parce qu'en étant une avec elle, si nous la contaminons nous serons contaminés, si nous la détruisons nous nous détruisons.

Sa loi sera notre loi, l'origine retrouvée avec l'instinct vivant d'animal ailé.»


7. CONCLUSION

Bien peu l'on peut ajouter à ce dernier monologue d'Agreste. Et il ne semble pas exagéré d'affirmer que ses simples paroles peuvent être actuellement partagées par une grande majorité d'êtres humains. D'elles dérivent de nombreuses implications dans tous les aspects de notre vie, individuelle et collective, que consciemment nous nous devrons d'assumer pour sortir avec succès de la situation qui nous affecte.

Il ne fait aucun doute que, quelle que soit les circonstances dans lesquelles nous ait placé, personnellement, cette pandémie, ces mots peuvent servir de guide, de pôle de référence, pour tous nos actes, attitudes et comportements. Et ceux-ci seront ceux qui devront nous conduire vers les changements nécessaires à la recomposition de notre univers et au saut évolutif, tant attendu, que l'humanité est appelée à expérimenter.

Nous sommes sûr qu'une lecture attentive de «Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes» procurera éclaircir l'articulation des nombreux éléments qui confluent dans cette imposante crise et apportera ainsi courage et espérance aux êtres rêveurs que nous sommes, condamnés et décidés à être libres, dans tous nos actes, paroles et pensées.

Tuesday, July 7, 2020

MYSTIQUE CONTEMPORAINE : La nouvelle mystique de MAAM et la mystique chrétienne.


Les jeudi 17 et vendredi 18 Octobre 2019, a eu lieu, à l’Université Complutense de Madrid, le 3ième congrès international: 



« Dieu dans la littérature contemporaine - Auteurs en quête d’auteur »

Dans ce cadre, le jeudi, a été présentée la conférence intitulée:

 « La nouvelle mystique de MAAM et la mystique chrétienne » 

dont nous restituons le texte :



LE PRINCE DU TEMPS :
La nuit était noire
d’un noir sans étoiles
qui embaumait l’air.
Le Prince du temps
avec des ailes de lézard superposées
volait et volait
par un ciel engommé
obscur
jusqu’aux entrailles.

Les mots surgissent depuis un lieu inconnu et le poète comme un médium inspiré et passif les recueille et les exprime sur le papier.
Ce processus a été décrit par les Surréalistes comme « écriture automatique ».
C’est un mode de création « mystérieux » directement relié aux visions et phénomènes extra-sensoriels, dans lequel n'interviennent ni la volonté, ni la raison, ni la pensée.
Ces éléments qui définissent le processus de création originel, nous autorisent à parler d'une sorte de mystique parce que ce processus s'identifie et s'oriente vers une fusion complète et harmonieuse avec le verbe, la source du mystère de la vie et l’origine de tout ce qui existe.
De cette fusion, naît le rêve du poète.
Ainsi, se présente à nous la mystique de Maria Angeles Argote Molina (MAAM).

MOTS
Mots, entre le papier et le temps: mots.
Solitude qui cherche le fleuve
pour y noyer les ombres méticuleuses qui la frôlent.

La lune reflétée par les hautes fenêtres pleure.
Silences de neige saisis par le temps
marquent rondelets le cours des jours.

La lune grandit, remonte les façades
apparaît perpétuelle entre les fissures de l'espace.
Un baiser moisi chante des chansons d'amours impossibles.

Labyrinthes qui émergent et abolissent les soupirs
avec leur poudre d'ennui, abolissent les vents, abolissent les soleils.
Dans un panneau d'hiver, entre inventions géométriques et chétives
ils abolissent l'esprit ouvert qui nous marque et nous féconde.


Et nous nous faisons vieux sans boire de la vie son cœur d'amande.
Dans les profondeurs bat l'écho de la Terre.
Dans les profondeurs rêve l'enfant avec son bateau traversant les mers.

Solitudes entreposées sur des surfaces obtuses.
Le jour est mort-né, les heures sont mort-nées
l'odeur de la mort nous berce, pleure son aspiration d'être vivante.
Solitude qui s'effondre blessée comme un pigeon
sur le trottoir gris et pourri et gris.

Mots entre le papier et le temps: mots.


DÉFINITIONS de BASE


MOT n°1 : MYSTICISME
Résultat d’un état mental qui fait que tout l’esprit de l’être humain est dédié à percevoir l’ineffable : tout ce qui n’a ni forme, ni aspects, ni qui ne peut être dépeint ni exprimé mais qui existe par les émotions qu’il génère.
Quiconque a connu cet instant où son esprit et tout son être, expérimentent une émotion bouleversante sans qu’elle se doive à quelque chose pourvu de forme ou d’aspect matériel directement saisissable, énonçable ou reconnaissable, sait qu’il existe « quelque chose » avec lequel il est possible de communiquer et de sentir des émotions très intenses autant spirituellement que physiquement. Et ce « quelque chose » est ce qui a été identifié au cours de l’histoire humaine comme la divinité.
Cela peut être « Le Prince du temps », « Dieu », « Le Seigneur », « Sa Majesté », « Jésus »… ou simplement: « Ce qui n’a pas de nom ».

MOT n° 2 : (le) MYSTIQUE
C’est un être humain dont l’esprit est fasciné par cette faculté de notre être d'établir une communication intense avec ce quelque chose « qui n’a pas de nom », qui paraît se cacher derrière les choses et qui n’est autre que l’origine de toutes les choses.
Le mystique, fasciné par le mystère de la vie, consacre entièrement la sienne à cultiver cette relation, à l’agrandir, à l’enrichir, en essayant de transmettre au monde qui l’entoure, dans ses actes et ses paroles, les enseignements profonds et les révélations qui naissent de cette relation.
Teresa de Avila (Thérèse de Jésus) et Juan de Yepes (Jean de la Croix) ont transmis leurs enseignements et ont essayé de se faire comprendre, dans un environnement régi par de rigides schémas mentaux, moraux, intellectuels, spirituels et religieux.
Comme MAAM, ils utilisèrent la langue castillane et l’Art de la poésie pour accomplir cette labeur dans la très chrétienne et très catholique Espagne du 16ième siècle.

MOT n° 3 : (la) MYSTIQUE
Ce n’est pas –bien que cela le soit dans certains cas- la version féminine de ce qui précède.
Il faut entendre par ce mot, le corpus de l’héritage du mystique, le récit particulier de son expérience, de sa vie, de ses paroles et de ses faits. De préférence, écrits de sa main, faits de sa chair, de ses os et de sa sueur.
En elle, il nous faut toujours souligner les procédés employés pour atteindre cette union parfaite avec « ce qui n’a pas de nom » et les moyens déployés pour léguer à l’Humanité les enseignements, fruits de cette connexion, c'est-à-dire « l’œuvre ».
Pour des raisons de temps, nous nous limiterons aujourd’hui à traiter ces deux aspects fondamentaux du mysticisme.


1/ L’UNION AVEC « CE QUI N’A PAS DE NOM » :

Il y a en MAAM, Teresa et Juan un mot essentiel : SOLITUDE

« Je suis la Solitude Première
belle et inévitable force
qui accompagne chaque instant de création.
Sans moi
sans ma quiétude et mon calme
le grand événement
des transformations incessantes
est impossible»

Solitude, quiétude et calme.
Dans cet état, l’âme trouve la situation physique et émotionnelle nécessaire pour prendre contact avec la divinité.
Celle-ci se donne seulement dans des lieux déterminés : que ce soit dans les jardins ou les sanctuaires naturels, LA NATURE est le lieu par excellence.
Parce qu’elle est la manifestation de tout ce qui existe et du phénomène des transformations incessantes.
C’est l’école de tous les artistes et le lieu de prédilection du mystique pour tous les peuples, toutes les cultures et toutes les époques.
Tout s’apprend en contemplant la nature et s’ouvre alors la porte qui sépare l’homme du principe créateur de l’Univers.
Teresa et Juan utilisèrent aussi les temples et les constructions, refuges de la spiritualité, édifiés au fil des siècles.
Là, la contemplation devient « oraison mentale » médiatisée par les œuvres d’art érigées en symboles propres à la religion régnante en ce temps et en ce lieu.
MAAM utilise la nature de son sanctuaire et l’emplacement privilégié de son atelier de l'Albaicin.
Leurs vies, comme toute vie humaine, sont la manifestation d’un Rêve.

RÊVE
Rêve qui ne s'éveille
et se fait nuage.
Rêve qui nous étouffe.
Le ciel était gris
la mer lointaine et belle
la terre possédée
par des géants obscurs
et mon âme perdue
tâtonnant le terrain
pour pouvoir se saisir
du passage des jours.

La contemplation permet que se produise l’union avec la divinité.
Depuis cette union, le mystique peut accéder à un nouvel état qui endort et dissipe complètement « les 3 puissances naturelles des créatures : volonté, mémoire et entendement ».
C’est le « ravissement » que décrit Teresa :
« Ravissement ou élévation ou envol dit de l’Esprit ou fascination, tout est un. Je dis que ces différents noms sont une seule et même chose et aussi s’appelle extase ».
Dans cet état, tout prend son sens, même « la compréhension qui ne comprend pas ce qu'elle comprend».
C’est alors que MAAM découvre l'Harmonie « première messagère des cieux de Lumière » qui se manifeste dans la totalité de l’Univers.
Apparaît la transcendance de toutes les choses, que MAAM décrit comme « transformations incessantes », à côté de la vanité du monde des hommes.
Teresa écrit :
« … (l’âme) se fatigue du temps passé à penser aux points d’honneur et à la tromperie qui amène à croire ce qu'est l’honneur, voit que c’est un grand mensonge et que nous vivons tous en lui… ».
Juan insiste :
« Tout l’être des créatures comparé à l’infinitude de Dieu n’est rien, et par tant l’âme qui en lui met son penchant, devant Dieu n'est rien et moins que rien… »
En cela réside un premier enseignement de toute expérience mystique « le monde des hommes, dans lequel nous sommes tous, n’est que pure tromperie.»
C’est une vérité source de douleur, de larmes et de souffrances.
Mais il existe un autre enseignement :« La divinité, qui embrasse tout, est pur amour. »
MAAM écrit :
« Amour, Amour diffusé dans tout l’univers, tu saisis maintenant l’essence de la Pureté altière et du Temps aguerri. »
C’est l’Amour Divin, que tous les mystiques célèbrent, qui les pousse à partager leurs expériences.
Ils ne peuvent cesser d’aimer ces créatures égarées, desquelles ils ont dû s’écarter pour se réfugier dans la solitude.
Et ils brûlent d’envie de leur ouvrir les yeux avec les vérités qui émanent de «ce qui n’a pas de nom».

2/ LE CORPUS DE LA MYSTIQUE (L’ŒUVRE) :

Si les processus pour se connecter avec la Divinité sont très similaires pour tous les mystiques, la façon de partager les expériences vécues, l’œuvre, est totalement singulière, unique, parce qu’elle dépend des circonstances de leurs vies.
Teresa et Juan n’ont pas eu d’autres alternatives que de s’adapter au cadre spirituel de l’Église Catholique du 16ième siècle, tenaillé par l’Inquisition.
De là, l’acharnement obsessionnel de Teresa pour obtenir le soutient de ses confesseurs et éminents lettrés de l’époque.
Quand à Juan, il ne peut le dire plus clairement :
« …ce n’est pas mon intention de m’écarter du droit chemin et de la doctrine de la Sainte Mère l’Église Catholique parce que dans ce cas, je me soumets et résigne totalement à son mandat. »
MAAM bien qu’éduquée aussi dans la très catholique Espagne franquiste, a vécu des circonstances bien différentes. Elle est fille du 20ième siècle où culmine un profond processus de rejet de toute spiritualité liée à la religion.
Ses approches sont étrangères à toute tradition religieuse. C'est pourquoi nous pouvons parler dans son cas d'une nouvelle mystique. Sa mystique découle exclusivement d’une réalité: LES MOTS et d'un rêve: LA POÉSIE.
Ses vers naissent de visions en état de transe, sans intervention ni de la volonté, ni de la raison, ni de la pensée. En cela elle garde une affinité avec les Surréalistes.
Elle n’établit pas de communication avec une seule présence, ni avec Trois qui sont Une, mais avec une multitude.
Si "au commencement était le verbe", une question se pose: D’où viennent les mots ?
MAAM dans son œuvre « El llanto de la Amarga…» trouve deux personnages lumineux : PRIMPANA la princesse des mots naissants :
« La belle Primpana
porteuse dans les ondes
du vent cristallin
des mots naissants
avec un cœur de rubis. »

Et ZORA, nymphe des bois où reposent les mots. Primpana et Azur (prince des mélodies éthérées) sont les parents du Nouvel Art, qui dirige le «saut évolutif des Zones Planétaires».
L’Harmonie et la Pureté sont témoins, sur la planète cristalline, de l’arrivée des mots.

"Ce sont les mots
-dit la Pureté-
qui viennent chercher leur cœur.
Parce que les mots
ont un cœur amovible.
Ainsi ils peuvent dormir
indéfiniment
dans les bois de Zora
leur nymphe préférée.
Ensuite quand ils veulent
s'éveiller à nouveau
ils viennent sur leurs petits sièges endormis
et joyeux ils viennent
jusqu'aux chaudes entrailles
de ma profonde cave
où leurs cœurs dorment aussi
et dans leur rêve
se transforment
et s'enrichissent."

Puis les mots sont recueillis par le poète pour alimenter, encore et encore, sa lyrique. Et c’est ainsi que son Rêve devient ŒUVRE: œuvre faite de mots et de parole.

POUR LA MER

Tu es arrivé jusqu'ici…
Tu as traversé les denses goulets de la brume
le silence proscrit des champs castrés.
Tu as roulé en écume comme chant céleste
et royale de ton manteau tu as caché la lune.
Mais à l'arrière tu laissas le sel
cette humeur saline qui me fait amoureux
cet aller et venir soutenu
par de fugaces Néréides
cet enlèvement multiple
de roches tamisées
par la langue des eaux.
Ils m'ont dérobé le calme.

Ô cœur écartelé
entre le mont, cuirasse
des rêves naissants
et l'océan palpitant
avec sa rumeur continue!
Qui pourrait être nymphe
compagne d'Artémis?
Descendre par les eaux
pures des monts
chantante et allègre
comme nouveau née
et arriver jusqu'à toi horizon salé
et arriver jusqu'à toi…
ô, lyrique contraste
de liquide métal 
et composer avec toi la symphonie
le cantique des 100.000 espèces
comme une espèce de plus
ma peau déjà nacrée
la chevelure océanique.

Vous m'avez barré le passage
immenses barricades
dans les plaines peuplées
par des êtres electroïdes
vous détenez mon rire
dans des cuves hermétiques.
Ah! Ma pureté n’est qu’un souvenir lointain!
Sur moi l'immondice
la voracité plastique.
Et je ne veux pas arriver ainsi jusqu'à toi
avec des aiguillons de mort
dans mes ondes obscures.

Et je pleure
je pleure le rêve nouvel
qui ne prospéra dans l'Aurore
je pleure la révolte
de chair corrompue…
Et je pleure et je pleure immenses
des pleurs qui fouettent
les parois de l'Âme…
Essence pure tu arrives
mers évaporées
délivrez moi du tourment
de ne pas être qui je suis
lavez mes blessures
qu'il pleuve, pleuve sur ma vie
inondez les recoins
où triomphe l'oubli.

Je veux être à nouveau messagère
du baiser authentique.
Un… à une…
le vent… chaque vague.


Traduction: Véronique Seguin, Vincent Biarnès, Jean Jacques Fresko.