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Thursday, March 17, 2022

Le poème épique de Maria de los Angeles Argote Molina (MAAM) "Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes" et ses ENSEIGNEMENTS pour faire face à une PANDÉMIE


Vincent J. M. BIARNES - Taller de Arte Vimaambi


RÉSUMÉ:

L'année 2020 passera sans doute dans l'histoire comme celle où l'humanité dut affronter un effondrement de ses perspectives de futur les plus immédiates. Cet évènement fut décrit au cours des dernières décennies du XXème siècle, de manière prémonitoire, par la poète andalouse Maria de los Angeles Argote Molina (MAAM) dans son long poème épique en trois actes intitulé: "Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes". Pour cette raison il nous a semblé approprié de dédier ce bref texte aux enseignements qui, dans les circonstances actuelles, peuvent être tirés de cette œuvre singulière. La planète étant frappée par une pressante crise sanitaire, les sociétés humaines exigent, angoissées, aux experts scientifiques, de rapides solutions. Cependant peu d'entre elles semblent estimer les remèdes que peut offrir l'Art poétique pour faire face à la délicate situation que nous vivons. Au delà de la crise sanitaire on devine une authentique crise de la connaissance qui exige un changement radical de notre mode de vie, individuel et collectif, pour lequel l'Art poétique peut nous être d'un grand secours.

Mots clefs: Pandémie, Science, Biochimie, Nature, Art poétique, MAAM



mode d'introduction

En contemplant le spectacle offert par le monde et son humanité tout au long de cette année 2020, il est impossible de ne pas se souvenir de l'œuvre de la poète andalouse MAAM: "Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes", écrite à la fin du XXème siècle, et dont le premier acte s'intitule: "Destruction imminente de l'univers". Maintenant, tout semble indiquer que la prophétie de la poète s'est accomplie et que l'univers humain du siècle dernier est complètement détruit.



1. Problématique de la pandémie

La subite apparition du Covid 19 admet seulement deux hypothèses relatives à son origine: c'est un phénomène engendré par la Nature ou c'est un virus créé par l'homme, dans quelque laboratoire secret, probablement comme arme biologique.

L'opinion des "experts" sur la question est partagée, bien que la vérité officielle et communément admise sur toute la planète indique la première option. Celle-ci implique de nombreuses et intéressantes réflexions, sur le rôle et l'essence même de la Nature, que nous exposerons plus loin. Quand aux "experts" qui semblent orienter les décisions prises par tous les gouvernements pendant la pandémie:


"Un carillon se ruine en produisant des sons, une bougie de cire se consomme en donnant de la lumière. Les raies du tigre attirent des chasseurs, la rapidité du singe attire des trappeurs. Ainsi les guerriers valeureux meurent à cause de leur force, les intellectuels se bloquent à cause de leurs connaissances; ils peuvent utiliser leur savoir pour connaitre, mais ils sont incapables de l'utiliser pour ne pas connaître. Ainsi ceux qui sont experts en une faculté ou perceptifs dans un mode d'expression, peuvent participer dans une discussion déviée mais non pas dans une réponse universelle." Wen-Tzu / 93.


Dans le cas qui nous occupe, une réponse universelle ne peut manquer de résoudre, en premier lieu et sans appel possible, l'origine du phénomène qui afflige l'humanité: "… nous ne connaissons le vrai si nous ne connaissons la cause…" écrit Aristote (Métaphysique – Livre A). Nous observons que tout le monde prétend résoudre des conséquences sans se pencher sérieusement sur la cause première.

Mais de plus, il convient de rappeler que, comme enseigne le stagirite, dans la recherche du vrai il ne faut pas confondre l'origine avec la cause, le "comment" avec le "pourquoi" et le "pour quoi", de l'existence des phénomènes. Au-delà de l'origine nous devrons donc investiguer la cause qui a pu produire le fait pandémique.

Finalement, quelle que soit la véritable hypothèse de son origine, cette crise nous oblige à essayer d'élucider quelles doivent être nos priorités, celles de toute communauté humaine, en relation au futur immédiat de tous les aspects de notre vie, pour procéder inévitablement à une série de changements substantiels que nous aurons à formuler.

Les écrivains, les poètes, les artistes, ont toujours étés d'un grand secours pour réaliser ce genre de besogne; on pourrait même affirmer qu'il s'agit là de la finalité essentielle que leur activité poursuit. Et c'est le cas que ces possibles changements, réclamés, sont exposés, avancés, dans l'œuvre de MAAM qui conclut avec un troisième acte intitulé: "Recomposition de l'univers. Saut évolutif des Zones Planétaires". Il n'y a pas de doute qu'il s'agit précisément de ce dont l'humanité a maintenant besoin: une recomposition de son univers qui implique un saut évolutif qui nous éloigne définitivement de la dramatique situation actuelle.

Il nous semble donc que l'Art Poétique de MAAM nous offre de précieux enseignements pour affronter cette pandémie et nous allons essayer de les mettre en relief.


2. Sur l'origine du virus et le type de crise

Dans l'œuvre de MAAM l'univers, menacé de destruction, se caractérise pour être le théâtre d'un processus perpétuel de "transformations incessantes" qui impulse son expansion continuelle, celle de la Lumière et de la Vie, entre la Ténèbre et le Chaos. On pourrait aussi parler, sans trop extrapoler, d'énergie et de matière en constante interaction.

Pour freiner ce processus dans les Zones Planétaires, où se trouve l'humanité, les serviteurs de la Ténèbre, ont créé le "laboratoire des fausses transformations" qui est mentionné de manière réitérative comme un des agents principaux du danger qui guette l'univers.

L'existence dans de nombreux pays de laboratoires "discrets" (pour ne pas dire "secrets") d'un niveau 4 en termes de biosécurité, où l'on manipule à des fins inconfessables la génétique d'éléments et d'organismes biochimiques, n'est aucune nouveauté. La présence d'une institution de ce type à Wuhan, premier épicentre de la pandémie, est sans doute un fait troublant qui donne des ailes à l'opinion divulguée par ceux qui défendent l'hypothèse d'une intervention humaine dans la genèse du virus.

Cependant c'est l'hypothèse de l'origine naturelle l'option officiellement retenue par tous nos gouvernements, bien que personne n'ait démontré exactement de quelle manière le virus a pu se transmettre de l'animal à l'homme. En tout cas, avec cette hypothèse, la question se pose de savoir, selon les paramètres scientifiques majoritairement assumés, exposés entre autres par le biologiste français et prix Nobel Jacques Monod, quel genre de hasard a fomenté l'existence du virus et quelle classe de nécessité a impulsé aussi bien sa propagation entre les humains comme son étonnante virulence et extension planétaire. Et ensuite, cette hypothèse nous placera face à des «pourquoi» et «pour quoi» auxquels la science est actuellement incapable de répondre et que cependant penseurs et philosophes désirent éclairer avec urgence.

Ainsi la crise que nous vivons n'est pas une simple crise sanitaire sinon une crise du savoir qui implique une critique radicale de l'ensemble de la connaissance scientifique actuelle.

Et la première notion qu'il convient de réviser en profondeur c'est précisément celle de Nature; aussi bien si elle est la créatrice du virus comme si celui-ci provient d'un «laboratoire des fausses transformations» alimenté, malgré lui, par un Grand Seigneur du Rêve kidnappé par les Cauchemars et livré comme prisonnier au Silence Jaune, grand sacerdoce de la Ténèbre Toute Puissante, comme affirme le texte de MAAM.


3. NATURE, ÂME, PAROLES ET SCIENCE

Dans l'œuvre de MAAM la Nature n'est autre que la protagoniste du moment, l'Amère. C'est aussi la planète Terre et en tant que telle, la mère de l'autre protagoniste, Agreste le rêveur, archétype de l'être humain, dont la descendance, celle des êtres rêveurs, peuple les Zones Planétaires.

En concordance avec les traditions païennes animistes et les postulats aristotéliciens, l'Amère, comme tous les êtres vivants, possède, comme fin ultime et cause première de son existence, sa propre âme, cette «chose» et ce mot horrifiant bien des scientifiques qui nient avec véhémence son existence, argumentant qu'ils ne voient dans les processus vitaux autre chose que des interactions chimiques hasardeuses et rien de plus…

Agreste le rêveur lui aussi possède une âme qui n'est autre que sa compagne aimée, l'immortelle Chrysalide, fille de l'Harmonie et du Rêve.

Dans l'œuvre, la destruction imminente de l'univers se manifeste par quatre phénomènes principaux:

- les pleurs inconsolables de la Terre, convertie en Amère.

- la séparation traumatique d'Agreste et Chrysalide, raptée par l'Oubli.

- la disparition du Grand Seigneur du Rêve, enlevé par les Cauchemars.

- la mystérieuse absence du couple formé par la Vie Ailée et l'Ange des Transformations.

Il ne fait aucun doute que cette approche est difficilement assimilable par les communautés scientifiques qui ont démontré leur incapacité à consentir une quelconque valeur à la source de connaissance qu'apporte l'Art Poétique.

Cependant les préjugés ne peuvent être suffisants pour nier, sans plus, l'importance de la Poésie en relation avec la compréhension effective de la réalité de l'existence de l'être humain, du monde et du cosmos. D'autre part il y a, sous-jacent dans toute l'œuvre de MAAM, un caractère clairement rationnel et même scientifique, qui paraît évident à tout lecteur capable d'être suffisamment attentif à l'authentique «cœur» des mots employés.

Ces "cœurs", comme nous montre la poète, reposent habituellement dans les caves de la planète de la Pureté, dans l'attente de l'arrivée des mots naissants. Ceux-ci sont les mots que recueillent les poètes et qu'ensuite utilisent tous les êtres humains, y compris les scientifiques, dans leurs travaux et tâches quotidiennes… Et l'on peut demander: avec quels cœurs les utilisent-ils?

Qu'ils le veuillent ou non, les scientifiques ne peuvent revendiquer pour leurs méthodes l'exclusivité de la «connaissance vraie», méprisant toute autre voie d'enquête sur la réalité. De fait, leur activité les situe sur le terrain privilégié du «comment», sans réussir à considérer avec une grande fréquence ni crédit, aussi bien le «pourquoi» (hasard?) que le «pour quoi» (nécessité?); ils peuvent arriver à découvrir l'origine mais rarement la cause première et la finalité intrinsèque des phénomènes naturels.

Et si nous suivons l'hypothèse d'un virus créé par des humains, il semble plutôt ironique de décharger sur les «experts» scientifiques la responsabilité d'organiser la vie des personnes lorsque ce sont précisément eux, les scientifiques, biochimistes et techniciens, qui ont fomenté et permis la création du monumental problème. Les manipulations génétiques auxquelles ils se consacrent, qui sont considérées par la communauté scientifique comme un grand succès de la science moderne, constituent de fait une intromission brutale des connaissances actuellement limitées, dans le domaine largement méconnu de la réalité essentielle (origine, cause, finalité) des processus vitaux. Et la majorité des motivations pour les justifier sont purement bâtardes, liées à des intérêts économiques particuliers et non au progrès social ou humanitaire collectif qu'elles prétendent poursuivre. Les scientifiques en général et en particulier ceux qui, possiblement, ont créé le virus, démontrent ainsi clairement qu'ils ne sont pas préparés pour "ne pas connaitre", comme nous avise le Wen-Tzu.

Dans la prophétie de MAAM la Chimie et la Technique sont deux personnages, puissants alliés du camp qui fomente la destruction de l'univers, qui se présentent ainsi à Agreste par la bouche de la première:

«Elle, qui recueille la fatigue de siècles et d'ères de sa main, droite, c'est la Technique. Elle apparût à la suite de la physique et de la métaphysique désormais détrônées par elle. Ne vous effrayez pas de son visage robotique. Je vous assure qu'elle ne vous veut que du bien.

Moi, moi je suis la Chimie. Grâce à mon pouvoir on réussit à faire que la Terre rende comme jamais. Je fournis chaleur, froid, songes et délires, je soigne les maladies. Bref, que puis-je vous dire? Je suis si grande, si parfaite, grâce à moi l'Arachnide Pouvoir est encore vivant!»

Elles seront effectivement le dernier recourt de l'Arachnide Pouvoir pour essayer d'empêcher, en vain, le triomphe d'Agreste et de ses compagnons une fois obtenue la libération, tant désirée, de l'Ange des Transformations.

L'étroite et nécessaire collaboration des scientifiques dans l'élaboration des armes les plus sophistiquées, les plus mortifères, les plus létales, tout au long des siècles, est un fait évident, effrayant et digne d'être sérieusement médité, en particulier par les propres scientifiques. Sans une sincère et conséquente autocritique à ce sujet, il est impossible de maintenir une adhésion respectueuse à leur vision du monde.


4. SCIENCE ET ART

Partant de là, les deux hypothèses sur l'origine du virus nous situent face à la capacité des scientifiques pour «ne pas comprendre» et tout nous amène à réviser la prémisse d'objectivité de la Nature, dont se sont approprié les institutions à caractère scientifique, ainsi que le mépris généralisé, aussi bien envers la culture païenne aristotélicienne en particulier comme envers les traditions philosophico-religieuses en général, qui accompagne la vénération de la science dans nos sociétés.

Dans l'œuvre de MAAM nous trouvons une condamnation expresse de la conduite majoritaire des scientifiques liée à une revendication pleine de la science comme instrument essentiel de l'action créatrice de l'Art. Au cours de la rencontre entre le Grand Mage Sidéral et le Nouvel Art se produit le dialogue suivant:

«- Je vais t'investir du savoir de la science, ainsi tu auras la puissance de son arme lorsque tu présenteras la bataille.

- La science, non! N'y songe pas! J'ai expulsé tous les êtres de cette espèce qui étaient en moi! Ils sont déséquilibrés, dans leur totalité mécaniques, ils ne savent rêver, ce sont de pures structures creuses, ils n'ont pas de place en moi! Conclut l'Art.

- L'ancien Art comptait avec elle et toi aussi tu dois le faire. Répondit le Grand Mage. Je ne vais pas te donner une poignée d'êtres, qui s'appellent scientifiques, je vais te donner la connexion directe avec le centre cognitif de la sagesse, la science. Parce que la poésie est en manque de science. La peinture est en manque de science. La musique, la sculpture, l'architecture sont en manque de science. Toi aussi tu es plein de spasmes mécaniques, de normes et de normes, qui ne conduisent nulle part. La science est flexible, invente et pense. Et il faut beaucoup penser pour sortir des enfers.

- D'accord, d'accord, que vienne la science! Nous serons à nouveau tous intuitifs. Tout est à inventer! Votre messager est prêt. Continua l'Art.»

Car l'Art est la seule voie pour «comprendre» ce qui «ne se comprend pas» puisque les artistes ont démontré, de nombreuses fois, être «préparés pour ne pas comprendre» en se montrant capables de fournir des «réponses universelles» aux nombreux problèmes que l'humanité affronte, de manière réitérée.

Pour beaucoup de scientifiques, la Nature est seulement un ensemble objectif indolent, fruit du hasard, dépourvue de finalité concrète et qui évolue par pure nécessité.

Pour la majorité des artistes cependant, c'est un être vivant sensible, un organisme complexe qui remplit une fonction précise dans le cosmos et qui évolue comme une partie minuscule d'un univers en constante expansion et transformation. Cette dernière vision de la Nature se nourrit aussi de la science, malgré certains critères de la science établis comme dogmes, parfaitement assimilables aux dogmes religieux les plus rétrogrades.

L'Art Poétique, comme instrument essentiel du comportement culturel, social et politique de l'être humain, comme paradigme du langage et de l’épistémè, aujourd'hui et comme toujours, peut nous apporter, tout autant que la science, de précieux éléments pour dépasser la situation que la pandémie a créé dans le monde, nous approchant du concept de syndémie que de nombreux penseurs revendiquent.


5. NATURE, RELIGION ET HISTOIRE

Si nous considérons comme valable l'hypothèse de l'origine naturelle du virus, le fait que la Nature ait engendré un pathogène de ces caractéristiques, mortel pour l'humanité, ne constitue aucune exception.

Notre histoire démontre que la Nature n'a jamais manifesté aucun remord pour avoir provoqué la mort d'êtres humains, sans considération à leur âge, sexe ou condition sociale. Elle prodigue à parts égales la vie et la mort, engendre ou tue avec la même facilité, étrangère à ce sujet à toute morale ou éthique humaine.

Sans doute voilà une des raisons pour lesquelles la tradition religieuse monothéiste abrahamique, juive, chrétienne, musulmane, considère la Nature comme la source de tous les maux, une création digne, rien de moins, que du diable. La science de son côté ne s'éloigne pas beaucoup de ce concept, lorsqu'elle semble considérer la Nature comme un ennemi à vaincre, à soumettre ou, pour le moins, à corriger et à modifier substantiellement.

Cependant d'autres nombreuses traditions philosophico-religieuses indiquent au contraire que la véritable sagesse consiste à respecter scrupuleusement les processus naturels et à vivre en parfaite harmonie avec la Nature, notre «Mère Terre» vénérée universellement par les animistes.

Cette idée constitue d'autre part le fondement de la pensée écologiste actuelle, partagée il faut le reconnaître, par de nombreux scientifiques particulièrement réticents, entre autre, à toute manipulation génétique des êtres vivants.

C'est un fait évident que les considérations environnementales reçoivent l'adhésion d'un nombre croissant de personnes, entres elles beaucoup d'artistes, qui voient dans la pandémie qui nous frappe une conséquence directe de plus, de la maltraitance infligée à la Nature, étroitement liée à d'autres phénomènes comme le changement climatique ou l'annihilation de la faune sauvage.

En tout cas l'hypothèse de l'origine naturelle du virus nous situe inexorablement face à la nécessité de trouver, enfin, une manière harmonieuse de vivre avec la Nature, qui nous a engendrés et de laquelle inévitablement nous faisons partie.

Nous pouvons exiger que la science n'aille jamais contre la vie, s'abstienne d'interférer dans des processus naturels qu'elle ne connaît ni ne comprends encore, éperonnée, comme elle se trouve, par la Cupidité, l'Envie, l'Orgueil et même la Haine.

«Ils avançaient lentement à travers les salles détruites du Tourment. La Chimie en premier lieu, suivie de prés par la Technique et ses grandes inventions pilotées par des laquais aveugles presque inutiles entre lesquels pullulaient, encourageant leurs peurs, la Cupidité, l'Envie, l'Orgueil et la Haine.»

Comme nous voyons, ces quatre derniers concepts sont aussi des personnages qui apparaissent dans l'œuvre de MAAM où ils jouent un rôle dévastateur comme membres actifs du camp destructeur de l'univers. Dans ce camp militent, même avec une apparente bonne foi, beaucoup de scientifiques et "experts" appelés à résoudre, de la meilleure façon possible, la contraignante situation sanitaire qui nous affecte.

Dans la première partie du poème, Agreste, en réponse à l'indignation d'un vieux Temps enchaîné et condamné au cercle inarrêtables des horloges, manifeste ainsi son remord:

«Oui, je suis Agreste, Agreste le rêveur qui devint fou d'orgueil et fit oublier aux êtres rêveurs leur origine de magma, de matière. En découvrant la large enceinte du ciel, je me sentis puissant, et je brandis des drapeaux de mort et de ténèbres, croyant posséder ainsi l'univers. Pardonne, si tu peux, ma frénésie sans objet parce que je suis maintenant le plus malheureux. J'ai perdu Chrysalide, le Rêve majestueux en moi a disparu, et j'ai été sur le point de détruire la noble rigidité planétaire. Ma jeunesse m'a perdu. Mais j'ai compris mon erreur et maintenant je prétend m'introduire dans le monde des ombres et sauver mon trésor de la Ténèbre.»

Ainsi nous trouvons, résumé, non seulement l'histoire et le dilemme de l'être humain, mais aussi sa disposition face au futur, exprimée en un moment de crise sans précédent.


6. PRÉSENCES, CONCEPTS UNIVERSELS ET PERSONNAGES, EN ACTION.

Si nous nous concentrons maintenant sur le champ de la Poésie Épique que MAAM cultive dans son œuvre, nous trouvons un mot clef d'où procède toute réponse universelle au problème que nous traitons. Ce mot désigne un personnage qui est également, comme il se doit dans l'Art poétique, un concept: Harmonie.

Ainsi elle se présente lorsqu'elle trouve le Temps effrayé, réfugié dans une grotte de la planète de la Pureté:

«Je suis l'Harmonie, compagne du Rêve, halo grandiose des premiers cieux, mère de Chrysalide. Dans mon vaste et extensif territoire se génèrent les nouveaux mondes qui permettent d'approcher chaque fois plus les Zones Planétaires à la lumière. Dans tous les cœurs des être rêveurs j'ai un trône de gloire, créé par les ailes de l'immortelle Chrysalide. Je leur sers de miroir où regarder leurs ondes de fluide sidéral ou je leur sers de soulagement reconstructeur de formes lorsque l'entropie inonde leurs entrailles»

L'harmonie est un concept transversal, propre aussi bien à l'Art comme à la Science, qui alimente tout acte de création véritable. Nous savons tous que, dans tous les domaines, lorsque l'Harmonie se perd, les problèmes surgissent et que les solutions affleurent lorsqu'elle est rétablie.

C'est pourquoi dans le poème de MAAM, quand l'Amère (Nature) entre en crise et en conséquence Agreste (humain) se trouve brutalement séparé de son aimante Chrysalide (âme), c'est l'Harmonie qui recueille le corps maltraité d'Agreste et le conduit en présence des plus hauts responsables célestes de la vie, le couple formé par la Solitude Première et le Grand Magicien Sidéral. Se dirigeant à l'Harmonie, ce dernier exclame:

«C'est Agreste, un être qui composait chaque jour son corps avec les particules vives d'une planète bleue, celle qui répand maintenant ses trésors de feu sur le confins le plus nordique. Il cheminait aux cotés de Chrysalide, ta fille bien-aimée Chrysalide, destinée à engendrer avec lui la descendance des êtres rêveurs.»

Le couple céleste identifie comme cause principale de la perturbation qui affecte son univers, la disparition de la Vie Ailée et de son compagnon l'Ange des Transformations, qu'il attribue aux ruses de la toute-puissante Ténèbre Primitive;

«Parce que de pauvres êtres ont vendu leur rêve au pouvoir putride de la Ténèbre et maintenant baillent, bouleversés, brisés, le corps de la planète, le corps de son rêve, comme des présences nobles qui ont perdu leur origine.»

Immédiatement, ils envoient Agreste et l'Harmonie au secours des disparus, voyageant vers le chaos où règne la Ténèbre. Le Grand Mage se dirige ainsi à Agreste:

«Avec toute notre lumière, nous avons été si amèrement réduis que maintenant nous, les Zones Planétaires, et mêmes les espaces entropiques, nous avons besoin de toi. Je transformerais l'Harmonie en un navire sidéral, elle sera ton guide, elle te conduira jusqu'aux limites des ombres et là-bas toi, seul, tu devras libérer Chrysalide, l'Ange des Transformations et sa compagne de lumière la Vie Ailée. La Ténèbre a dû les séquestrer. Tu devras découvrir qu'en est-il du grand seigneur du Rêve et ainsi redonner ses ondes de quiétude à cet orbe envahit par le courant entropique des zones obscures.»

Dans cette opération ils compteront avec l'étroite collaboration de la Pureté, du Temps et du nouvel Art. Ce dernier et singulier personnage tiendra un rôle très important dans toute l'œuvre. Il apparaît pour la première fois à côté de Chrysalide et de la Tristesse Terraquée, toutes deux prisonnières de la Mort et de l'Oubli, auxquelles il se présente de la manière suivante:

«Je suis l'Art, bien que ma structure soit lumineuse, j'habite par je ne sais quel étrange complot, dans ces zones. Serviteur de la Mort et de l'Oubli, je vis dans leur donjon de terreur, attendant je ne sais quoi qui me rende au monde d'où je viens… Parce que je suppose que je ne suis pas de ces contours.»

A l'aventure viendront se joindre les Êtres Rêveurs, les Artistes, les Navigants Célestes, tous membres présents et passés de la descendance engendrée par Agreste et Chrysalide, embarqués dans la goélette du verbe, encadrés dans l'escadron de l'Art. Ensemble ils livreront la bataille contre la Ténèbre Toute-puissante et ses laquais, équipés avec les armes que leur fournit leur mère l'Amère et de nobles personnages tels que Primpana (Princesse des Mots Naissants), Azur (Prince des mélodies éthérées), Comoes (Prince de la couleur) ou Gucali (Gardienne du candélabre lyrique).

Le deuxième acte, intitulé: "Voyage des Êtres de lumière vers le chaos. Rachat de l'Ange des Transformations" est le récit des nombreux événements de cette expédition qui sera finalement victorieuse.

Ensuite, le Nouvel Art, alors également nouvel amant de la Terre, dirigera la phase finale du processus qui débouchera sur ce qu'annonce le titre du troisième et dernier acte: la recomposition de l'univers et le saut évolutif des Zones Planétaires, berceau d'Agreste et de sa descendance d'êtres rêveurs.

«Jusqu'alors et inhibés par l'énergie gaspillée pour survivre -continua Agreste d'un ton sérieux- nous nous sommes occupés seulement de chercher le juste moyen qui nous permette de nous approvisionner en utilisant le moindre effort. Cela fut un bien, sans doute ce furent des temps fructifères où le rêveur inventa les inventions les plus diverses pour nous soulager, en partie, du poids que la sueur implique.

Mais dans la dure course pour obtenir l'externe nous oublions de recomposer la fleur que nous portons dans notre intérieur, nous regardons seulement vers le dehors et sur la superficie nous luttons pour des choses vaines, superficielles en fin de compte.

Nous avons été capables de vendre notre Chrysalide aux forces obscures inventées par le Pouvoir. Cela nous a conduit au délire qui fut sur le point de détruire, sans plus, le foyer planétaire de la Terre et avec lui détruire notre être, notre conscience, détruire l'équilibre des zones planétaires.

Nous avons été sur le point, avec notre insensé, pauvre comportement, de laisser que l'ombre arrive jusqu'à la lumière, de détruire Rêve et Harmonie, Transformation et Vie, Solitude et Magie.

Mais cela nous a coûté cher. En nous rendant compte de l'erreur commise au long des siècles et des époques, nous avons du  lutter pour extirper des cieux et de la terre tant de folie accumulée.

Maintenant enfin ici, victorieux, avec le souvenir de ces temps-là ancré dans notre fidèle génétique, nous sommes prêts à avancer, à créer à nouveau un siège sur la planète. Et bien que nous ne refusons pas l'utile machinerie qui nous permet le temps nécessaire pour pouvoir rêver, nous n'infligerons ni peine, ni châtiment à notre mère aimée, la prodigieuse Terre.

Apprenons la leçon que l'expérience nous apporte parce qu'en étant une avec elle, si nous la contaminons nous serons contaminés, si nous la détruisons nous nous détruisons.

Sa loi sera notre loi, l'origine retrouvée avec l'instinct vivant d'animal ailé.»


7. CONCLUSION

Bien peu l'on peut ajouter à ce dernier monologue d'Agreste. Et il ne semble pas exagéré d'affirmer que ses simples paroles peuvent être actuellement partagées par une grande majorité d'êtres humains. D'elles dérivent de nombreuses implications dans tous les aspects de notre vie, individuelle et collective, que consciemment nous nous devrons d'assumer pour sortir avec succès de la situation qui nous affecte.

Il ne fait aucun doute que, quelle que soit les circonstances dans lesquelles nous ait placé, personnellement, cette pandémie, ces mots peuvent servir de guide, de pôle de référence, pour tous nos actes, attitudes et comportements. Et ceux-ci seront ceux qui devront nous conduire vers les changements nécessaires à la recomposition de notre univers et au saut évolutif, tant attendu, que l'humanité est appelée à expérimenter.

Nous sommes sûr qu'une lecture attentive de «Les pleurs de l'Amère ou les aventures d'Agreste à travers les mondes» procurera éclaircir l'articulation des nombreux éléments qui confluent dans cette imposante crise et apportera ainsi courage et espérance aux êtres rêveurs que nous sommes, condamnés et décidés à être libres, dans tous nos actes, paroles et pensées.